L'interview de Jean-Marie Pigeon

 

 

03/07/05

pour

par Zantafio

Consultez la Galerie Pigeon...

Discussion sur le forum d'Objectible...

Jean-Marie Pigeon n'est pas un sculpteur comme les autres... Très peu connu du grand public, il a acquis une grande notoriété auprès des connaisseurs. Ses réalisations "confidentielles" (hélas ?!), tirées à quelques exemplaires, sont réservées à quelques chanceux amoureux de longue date de ses oeuvres.

Pour mon plus grand plaisir, j'ai pu découvrir ses créations grâce à Objectible... et rêver de posséder, un jour, l'une de ses sculptures. En attendant ce moment, j'ai eu envie d'en savoir plus sur cet homme et de vous le faire mieux connaître...

NDLR : un grand merci à Christian Desbois qui nous a autorisés à utiliser des photos du livre « Pigeon, sculptures de bande dessinée » ainsi qu'aux collectionneurs qui nous ont fourni des photos de leurs superbes pièces.

1) Mieux vous connaître...

Zantafio pour Quel a été votre cursus professionnel ?

Jean-Marie Pigeon - Pâtés dans le sable, en 1967, le grand vide. De 1969 à 1976, les Arts Appliqués puis les Beaux-Arts de Paris.

Zantafio pour Comment vous est venu le goût pour la sculpture ?

Jean-Marie Pigeon - Le terme de modelage est plus approprié. La terre, le plâtre sont des matières à modeler. Je ne voyais pas le temps passer, du pur plaisir, trente ans déjà.

Zantafio pour Pourquoi vous êtes-vous dirigé vers la sculpture plutôt que la peinture ?

Jean-Marie Pigeon - La sensation physique de la matière m’attire beaucoup, mais il n’y a pas de comparaison à faire; ce sont deux arts totalement différents.

The Brow et Dick Tracy
(Dick Tracy, © Dick Locher et Michael Kilian, 2005)

Zantafio pour Pourquoi avoir choisi des personnages tirés du monde de la bande dessinée ?

Jean-Marie Pigeon - Et pourquoi pas ? C’est la question que je me suis posée en 1974, alors qu’il n’y avait rien dans ce domaine.

Zantafio pour Quelle a été la première statue BD que vous avez réalisée ?

Jean-Marie Pigeon - La première que j’ai réalisée était Mandrake le magicien, en 1974, à l’échelle 1. C’est la moindre des tailles pour lui rendre hommage. Avec lui, dès lors, tout était possible dans le monde de l’image.

Zantafio pour Réalisez-vous également des sculptures plus personnelles (non tirées de la bande dessinée) ?

Jean-Marie Pigeon - De temps en temps, des portes s’ouvrent sur des idées métaphysiques. J’en ai accumulé quelques-unes ; une expo a eu lieu, il y a cinq ans. C’est cyclique, incontrôlable, « Depuis la nuit des temps, l’obscurité poursuit la lumière comme son ombre », c’est comme ça.

Mandrake (© Lee Falk et Phil Davis, 1974), photo tirée du livre « Pigeon, sculptures de bande dessinée » avec l'aimable autorisation de Christian Desbois Editions (textes de Marie-Ange Guillaume, photographies de Patrick Gries).

Zantafio pour Quels sont vos matériaux de prédilection ?

Jean-Marie Pigeon - La terre fraîche…

Tintin « mouchoir » (le Crabe aux pinces d'or, © Hergé/Moulinsart, Edition Sol 3, 1977)

Zantafio pour Comment pensez-vous avoir atteint une telle notoriété dans le milieu de la para-BD alors que vous avez réalisé «peu» de pièces et que celles-ci sont plutôt confidentielles ?

Jean-Marie Pigeon - Lorsque j’ai décidé de faire Tintin, je ne pouvais pas faire moins que la hauteur de mon admiration, l’échelle 1 bien sûr ! Le choix de cette image a été aussi animé par le choc visuel à la première vision du spectateur ; le triangle (nœuds du mouchoir, nez), les couleurs (un rose entre deux blancs), la dramaturgie de la scène ; le grossir un peu plus en comprenant dans le volume, le cerné noir de l’encrage pour en révéler l’aura.

N’oublions pas que le travail de la terre engage ce processus. C’est le matériau qui donne la vie. La terre contient de l’eau, la peau aussi.

Un synthétiseur ne donne qu’un son synthétique, ceci dit, il y a des personnes qui s’en contentent. C’est une question de chaleur et de sensibilité, les composants de l’affect.

Vous savez, je travaille seul et mon objectif n’est pas d’envahir le monde. Je prends le temps de bien faire, parfois, c’est limite dangereux.

Interpréter, c’est rendre hommage. Incompatible avec surproduction.

Les modes, l’épuisement, les soldes, les licenciements, rien à voir avec l’immortalité de nos héros.

En 1977, l’idée première, conscient de l’originalité du sujet, était de créer un musée Grévin de la Bande Dessinée qui aurait rendu hommage aux dessinateurs. Je pense que c’est la meilleure manière de les honorer.

Zantafio pour Qu’est-ce qui caractérise, selon vous, vos sculptures ? Est-ce qu’il y a une « ligne » Jean-Marie Pigeon ?

Jean-Marie Pigeon - Le mot « manière » me semble plus adéquat, « ligne » convient mieux à un dessinateur. Chaque modeleur est sans doute différent. Il existe même des Tintin avec des mentons en galoche ! Si, si, c’est vrai.

Et puis ce sont des interprétations, non ?

Zantafio pour Vos pièces sont réalisées à très peu d’exemplaires. Pour quelles raisons ? Que penseriez-vous de créer une pièce destinée à un plus grand nombre d’amateurs (pour notre site par exemple) ?

Jean-Marie Pigeon - Comme je travaille seul, je limite les exemplaires à 8 sur 8 et 4 sur 4 ; ou en pièce unique c’est encore mieux.

Travailler pour vous ? Volontiers. Mais quelle pièce ? Comment ? Quand ? Il faut voir...

Zantafio pour Comment travaillez-vous ?

Jean-Marie Pigeon - Je travaille tous les jours, régulièrement avec France-Inter en fond sonore. Un peu moins le week-end car il y a brocantes, les repets’ de musique et la famille.

Marsupilami (© Franquin, 1990)

Zantafio pour Avez-vous réalisé des sculptures que vous avez abandonnées ?

Jean-Marie Pigeon - Oui, une seule, Allan Thompson, il y a longtemps. C’était après Mitsuhirato. J’ai accepté un travail pour la pub ; la terre a séché, impossible d’y revenir.

Un jour, j’ai rencontré le sculpteur Tchang qui m’a dit une vérité à la Lao Tseu, « Il ne faut pas fatiguer la terre ». Il voulait dire que la terre avait toujours besoin d’eau pour garder la vie.

Zantafio pour Combien de temps vous faut-il pour sculpter un original ?

Jean-Marie Pigeon - Il me faut trois jours de modelage pour un portrait et trois semaines pour une finalité en plâtre.

Zantafio pour Comment se passe le travail avec les dessinateurs ? avez-vous eu des échanges avec certains d’entre eux ?

Jean-Marie Pigeon - Oui, c’est motivant. Chaque dessinateur est différent, mais ils sont là pour une symbiose et ça se passe bien.

Ray Banana (© Ted Benoit , 1985)

Zantafio pour Fréquentez-vous d’autres sculpteurs qui travaillent dans le monde de la para-BD ?

Jean-Marie Pigeon - De temps en temps des jeunes me montrent leurs travaux. Assez souvent je suis époustouflé par leur souci du détail, du caractère, par le choix du sujet.

Zantafio pour Suivez-vous de près ou de loin ce qui se passe en para-BD ?

Jean-Marie Pigeon - Je suis au courant en bavardant avec des collectionneurs et quelques fois en passant devant des vitrines.

Black (Black et Mortimer, © Jacobs, 1986)

Zantafio pour Que ressentez-vous lorsque vous rencontrez des admirateurs de vos créations ?

Jean-Marie Pigeon - Et bien, ça fait très plaisir et ça donne envie de continuer parce qu’on parle la même langue et il y a un esprit de famille.

Zantafio pour Sur quelles pièces travaillezvous actuellement ?

Jean-Marie Pigeon - Je travaille sur Dick Tracy depuis deux ans. Je fais deux portraits de bad boys par an ; j’ai demandé les droits sur une douzaines de caractères ; no problem. J’ai le choix des personnages, ça donne envie de leur faire plaisir et de se surpasser.

Zantafio pour Comment faut-il s’y prendre pour acquérir l’une de vos créations ?

Jean-Marie Pigeon - Avec de la patience. Il faut me contacter et en discuter, tout simplement.

 

 

Little Face (Dick Tracy, © Dick Locher et Michael Kilian, 2005)

2) Vos goûts...

Zantafio pour Quels sont les peintres, sculpteurs, artistes que vous appréciez ?

Jean-Marie Pigeon - Houdon, Pompon, Goldshreider, Messerchmitt, Roy Lichtenstein, des génies dans leur domaine et bien d’autres.

Zantafio pour Quel genre de lecteur êtes-vous ?

Jean-Marie Pigeon - Petit en général, moyen en particulier, gros en congés maladie.

Zantafio pour Quels sont vos goûts en bandes dessinées ?

Jean-Marie Pigeon - Je suis dépassé par les nouveautés. J’ai toujours la nostalgie de Reiser, Willem, Gébé, Swarte.

Zantafio pour Si vous étiez totalement libre de réaliser la pièce de vos rêves, qu’aimeriez-vous sculpter ?

Jean-Marie Pigeon - Si vous vous accordez la liberté du choix, vous rêvez toujours. En ce moment, j’ai cette liberté.

Zantafio pour Quelle est votre pièce personnelle préférée ?

Jean-Marie Pigeon - Il y a en plusieurs puisque je choisis l’image. Mais j’aime autant Tchang pour sa candeur et sa pureté que Mitsuhirato pour sa rigidité.

Zantafio pour Quelle la statuette para-Bd réalisée par un autre sculpteur/fabricant que vous aimez tout particulièrement ?

Jean-Marie Pigeon - J’ai vu chez un collectionneur, un magnifique nid de Marsupilami réalisé par un sculpteur anonyme. C’est une pièce exceptionnelle !

3) Parlons maintenant d’Objectible... 

Zantafio pour Connaissez-vous ce site indépendant consacré aux objets issus de la bande dessinée ?

Jean-Marie Pigeon - Maintenant, oui.

Zantafio pour Est-ce que vous aimeriez qu’un forum soit dédié à vos créations et pouvoir y intervenir ? vous pourriez nous informer de vos réalisations, rencontrer des fans, avoir des avis sur vos pièces…

Jean-Marie Pigeon - Volontiers.

Zantafio pour Seriez-vous d’accord de réaliser une statuette pour notre site ?

Jean-Marie Pigeon - Il faut en parler. Quoi ? Quand ?

Pat Patton (Dick Tracy, © Dick Locher et Michael Kilian, 2005)

4) mais il n’y a pas que la BD...

Zantafio pour Parlez-nous de vos autres passions ?

Jean-Marie Pigeon - La musique... et notamment le blues, le rock, le tango, le slow italien.

Zantafio pour J'espère que cette interview vous aura permis d'en savoir plus sur ce sculpteur de talent qui continuera longtemps à nous faire rêver.

Merci M. Pigeon d'avoir accepté de répondre à mes questions et de nous avoir fait découvrir votre univers...

Mortimer (Black et Mortimer, © Jacobs, 1986)