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par Chris |
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C’est sur le forum d’Objectible que j’ai découvert pour la première fois les reproductions de Guillermo Forchino. Je suis tombé immédiatement sous le charme ! certes, aucune de ses pièces n’est issue de la BD, mais certaines d’entre elles en sont tellement proches, avec ce style bien à lui, si caricatural et plein d’humour ! c’est pour cette raison que j’ai décidé, il y a quelques mois, de créer une section spéciale dédiée à cet artiste sur Objectible, pour mon plaisir et pour faire partager mon enthousiasme à un plus grand nombre. Puis c’est la création de cette section qui m’a permis de faire connaissance avec Guillermo lui-même, sa gentillesse et sa générosité. Ça a été un plaisir pour moi de poursuivre cette relation lors de cet entretien. Merci Guillermo ! Note : vous pouvez cliquer sur certaines images pour avoir des agrandissements... |
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Guillermo Forchino - En réalité, je n’ai jamais décidé de « consacrer » ma vie à la sculpture, c’est une chose qui m’est venue lentement. Le modelage m’a toujours intéressé. Lorsque j’étais enfant, j’aimais faire toutes sortes de petites bestioles en mie de pain ou en n’importe quelle matière. Plus tard, après le bac, et une année d’hésitation, j'ai commencé l’école des Beaux Arts à Rosario en Argentine. Une fois les études terminées, pendant les deux ou trois premières années, j’ai fait seulement de la peinture, mais petit à petit le volume et les formes m’ont intéressé bien davantage et depuis une vingtaine d’années je fais presque uniquement de la sculpture. |
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Guillermo Forchino - Au début des années 80, cela faisait déjà longtemps que la politique et l’économie en Argentine allaient très mal et, comme ma femme aimait la France et voulait continuer ses études à Paris, j’ai demandé une bourse d’études pour faire de la restauration d’œuvres d’art à la Sorbonne. Cela m’intéressait beaucoup comme métier et aussi parce que ceci pouvait me permettre de vivre d’un travail concernant l’art. |
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Guillermo Forchino - Quand nous sommes rentrés en Argentine après les études à Paris, même si j’avais tout de suite trouvé un poste de restaurateur au Musée des Beaux Arts à Rosario, mon salaire suffisait à peine à payer le loyer, et notre premier enfant venait de naître. Nous nous interrogions sur notre avenir. Ma famille étant d’origine italienne, je garde la double nationalité, ceci me permettait de résider en Europe sans trop d’inconvénients. Par ailleurs, nous avions des amis à Paris qui pouvaient nous prêter un petit studio. Nous avons donc décidé de venir en France tout en sachant qu'ici j’avais plus de possibilités de travailler en restauration sans pour autant abandonner la sculpture. |
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Guillermo Forchino - Il y a une vingtaine d’années, quand on était étudiants, on a beaucoup voyagé partout en Europe. Depuis qu’on est installé en France, une fois par an on rentre à Rosario pour voir les amis, la famille, manger des «asados», sentir les odeurs, les bruits, observer la circulation chaotique, les engueulades entre les automobilistes, les éternelles discussions d’amis autour d’une table de café et de cette façon «charger les batteries». A part ce grand voyage annuel, dernièrement je suis allé en Chine deux fois pour mon travail et j’ai pu connaître des choses merveilleuses. |
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Guillermo Forchino - Mises à part les premières « bestioles » en mie de pain dont je vous ai déjà parlé, j’aimais sculpter dans des morceaux de savon, c’était tellement facile ! Je me rappelle aussi avoir fait une main avec du ruban en papier adhésif, j’étais moi-même étonné du résultat. En fait, je crois que j’ai toujours aimé modeler avec toute sorte de matières. Mais la première réalisation dans mon style actuel dont je me souviens, c’est une tête d’environ 40 cm que j’ai taillée dans un bloc de plâtre à l’école des Beaux Arts. Elle avait sa grosse main sur la tête, la bouche grande ouverte et tirait sa langue avec une drôle de grimace. |
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Guillermo Forchino - En 1984, après mes études à Paris, j’étais de retour en Argentine. Les artistes Ruben Porta, qui avait était mon professeur à la faculté de Rosario, et Marcelo Castaño, un ami collègue des Beaux Arts, m’ont parlé d’un projet de travail sur des cliniques psychiatriques. C’est à cette occasion là que j’ai commencé à m’intéresser à ce monde très singulier des malades mentaux et des hospices. Tous les trois, nous sommes allés à plusieurs reprises visiter les asiles d’aliénés de notre région. On s’est mis à lire des livres qui parlaient du sujet, entre autres, « Histoire de la folie » de Foucault, « L’éloge de la folie » de Erasme et surtout « Concierto para instrumentos desafinados » de l’espagnol Vallejo Nagera qui parlait des cliniques psychiatriques des années cinquante à l’époque de Franco. Chacun de nous a beaucoup travaillé sur le sujet et, en septembre 1985, nous avons monté une exposition ensemble. Moi, j’ai créé des sculptures dont les corps étaient faits de bandelettes en chiffons enroulées et les têtes et les mains en papier mâché coloré et trempées après dans la cire. Depuis, nous n’avons jamais cessé de nous intéresser et de travailler sur ce sujet, notre dernière exposition ensemble nous l’avons faite à Buenos Aires en 2001... |
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Guillermo Forchino - En 86, de retour à Paris, ma famille et moi habitions un tout petit studio de 17 m2 et comme je n’avais pas d’atelier, j’ai dû travailler en petit format. Grâce au papier mâché mélangé avec de la farine, j’ai pu obtenir une pâte très appropriée pour réussir les expressions que je voulais donner à mes personnages. A cette époque, j’ai modelé énormément de têtes et je les ai mises dans de petits pots en verre que j’allais vendre aux puces de Vanves. Ça a plu et quelqu’un m’a suggéré de faire le salon des Ateliers d’art. L’année suivante, j’ai exposé dans ce salon. Heureusement, j’avais déjà trouvé un atelier et j’ai pu faire des pièces plus grandes. |
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Parmi les artistes que j'admire, Jérôme Bosch m’a toujours séduit par l’expressivité de ses visages. En souvenir de son tableau « La nef de fous », j’ai voulu faire des « bacs» de fous. D’abord, j’ai commencé avec des personnages dans des baignoires transformées en bateaux, puis des hélicoptères, des sous-marins et après, le reste est venu tout seul. |
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Même si mes sculptures ne sortent pas directement de la BD c’est vrai que mon style en est assez proche. Quand j’étais enfant mon père me lisait le Prince Vaillant dessiné par Harold Foster, Mandrake et le Fantôme de Lee Falk et il m’a aussi fait connaître les merveilleuses illustrations de Norman Rockwell et de Molina Campos qui m’ont beaucoup marqué. Durant mon adolescence, les bandes dessinées étaient très populaires en Argentine. Il y avait toutes sortes de revues américaines mais aussi une production nationale très importante. Comme à l’époque il n’y avait pas grand monde qui avait la télévision, nous les jeunes, on lisait énormément de comics. Entre les dessinateurs que j’admirais le plus, l’incomparable Alberto Breccia était le grand maître. L’expression et le graphisme de tous ces dessins de l’époque ont, d’une manière incontestable, énormément imprégné mon esprit. |
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - Pour créer mes sculptures, je travaille avec des matériaux assez hétéroclites. Les têtes de personnages, je les modèle soit en papier mâché, soit en Cernit. Pour les corps, je peux utiliser une pâte époxyde bi-composant de Axson, de la plastiline ou de la clay, ça dépend de ce que je veux obtenir comme résultat car chaque matière à ses qualités propres. J’emploie aussi plein d’autres éléments, tissus, fils de fer, feuilles en métal, etc, etc. En ce qui concerne les tirages, je les fais en différentes résines polyuréthane. |
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - Depuis que j’ai un plus grand atelier, et plus de désordre d’ailleurs, j’ai pu envisager des pièces plus importantes. Chaque sculpture est le résultat d’un montage de plusieurs parties faites séparément, la carrosserie, les roues, le châssis, le corps des personnages, les têtes, les bras, etc., dont chacune demande un moulage à part. Par exemple, pour faire un véhicule je peux procéder de différentes façons, soit tailler directement un bloc de polystyrène extrudé, soit travailler avec un mastic à la craie sur une forme en mousse taillée en premier lieu ou le modeler directement en argile. Dans ce dernier cas, je dois passer par un moulage préalable en plâtre pour faire un tirage intermédiaire en résine. |
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A partir de ce tirage intermédiaire, je retravaille les finitions avant de passer au moulage définitif en silicone. |
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Après, je fais les tirages de chacune des parties en résine polyuréthanne. |
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Ensuite vient le travail de dépouillage, masticage, ponçage, la sous-couche d’apprêt et la peinture de la carrosserie, suivi du polissage. Les personnages, je les peins à l’acrylique... |
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... et je finis par le montage des différentes parties de l’ensemble. |
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - Oui, je fais plusieurs tirages de chaque pièce. Ça peut varier entre trois ou quatre jusqu'à une trentaine d’exemplaires pour chaque sculpture. |
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Guillermo Forchino - Je suis étonné du rapprochement avec Botero mais en ce qui concerne Reiser, je suis très flatté parce que c’est quelqu’un que j’admire beaucoup. Je trouve que c’est surtout l’esprit de ses dessins qui peut avoir une affinité avec mes personnages. Je me rappelle, dans les années 80, la première fois que j’ai vu une BD de lui, c’était « Le gros dégueulasse », j’étais fasciné. Malheureusement il nous a quitté très tôt, pour moi c’était quelqu'un d’extraordinaire. |
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - J’aime trop les réalisations d’Aroutcheff pour les « abîmer » avec mon style. On a participé ensemble plusieurs fois à Maison & Objet, déjà à l’époque où le salon avait lieu à la Porte de Versailles. J’ai toujours admiré la qualité de ses travaux. Personnellement, je préfère travailler sur mes idées à moi, plutôt que caricaturer les personnages d’autres créateurs. |
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Chris pour |
Reproductions en Chine
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Guillermo Forchino - Non, elle n’a pas était facile. Auparavant, j’avais déjà eu des propositions pour reproduire mes sculptures (il y a eu même des contrefaçons) mais la qualité des reproductions était loin d’être acceptable. Quand la société Vrisekoop M&M m’a contacté, je suis resté sceptique. Face à ma réticence, ils m’ont proposé de faire un essai. On a commencé avec mes auto-tamponneuses qu’ils ont reproduites à 50% et à 25% de la taille réelle. Le résultat exceptionnel m’a convaincu et on a commencé à travailler ensemble. |
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Guillermo Forchino - Pas du tout, mais soyons honnêtes, je ne vais pas jouer la fausse modestie, même si la collection commence à avoir du succès, il n’est pas tellement grand ! Peut-être dans quelques années… on verra bien. |
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - Oui. Dans un premier temps, j’envoie à l’usine, qui se trouve en Chine, les originaux de mes sculptures en deux versions, une finie et une autre toute démontée pour faciliter le travail de copie. Dans un deuxième temps, des artistes chinois, vraiment très doués, font les répliques à 50%. C’est incroyable l’habilité qu’ils ont pour copier un volume en taille réduite. C’est une chose qui me surprend encore. Dans cette première phase, ils travaillent exclusivement avec une pâte à modeler, mélange de cire et d'argile, qu’ils appellent clay. Cette matière est très dure à température ambiante, mais elle peut être ramollie avec la chaleur d’un sèche-cheveux et ainsi elle devient très malléable. Au fur et à mesure que les travaux avancent, ils m’envoient les photos par mail, ceci me permet de contrôler le travail et d’indiquer les modifications à faire. Ensuite ils font des moules provisoires en silicone pour tirer quelques premiers exemplaires sur lesquelles se font tous les essayages de couleur. C’est à ce moment là que je me rends en Chine pour la vérification finale. Après mon accord définitif, la production démarre. Justement, je vais en Chine la semaine prochaine pour terminer la nouvelle collection qui sortira à la rentrée. |
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Guillermo Forchino - Oui, c’est une grande entreprise qui a fait de la qualité une priorité parce qu’ils savaient très bien que les produits chinois n’avaient pas une très bonne réputation sur cet aspect là. Cette entreprise donne une haute importance aux matériaux et à la finition des produits. Ce voyage a été une grande expérience pour moi. J’étais principalement en contact avec le département sculpture où travaillent seulement une trentaine d’artistes, recrutés parmi les meilleurs. Ils font tous les prototypes qui seront reproduits par milliers d’exemplaires dans les différents départements de l’entreprise. La communication avec les sculpteurs n’est pas évidente, ils parlent seulement chinois. Heureusement pour moi, j’avais une traductrice, mais malgré les problèmes de langue, on arrive toujours à communiquer, les chinois sont très accessibles et ils ont un grand sens de l’humour. J’en ai profité aussi pour faire quelques voyages en tant que touriste. Je suis allé à Pékin où j’ai découvert une ville étonnante. Mais ce qui m’a le plus épaté, ça a été l’armée de soldats de terre cuite qui se trouve à la ville de Xian. C’est l’empereur Qin, en 210 avant notre ère, qui a fait modeler plus de sept mille guerriers grandeur nature, pour se faire enterrer avec, époustouflant !
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - Pour le moment, on a établi de faire au maximum trois ou quatre pièces par an. Mais chaque pièce peut être réalisée en différentes tailles. Soit à la même dimension que l’original, soit à 50% ou même dans certains cas à 25%. |
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Les conseils de Guillermo
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Montage et emballage
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - On a prévu de faire le camion de pompiers qui sera reproduit en deux dimensions. Une à partir directement de l’original (80 cm de longueur), tiré à 1000 exemplaires, et une autre à 50% de sa taille. Il est prévu aussi le Biker sur sa Harley et la décapotable « Promenade de dimanche » seulement au 50%. |
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - Oui, bien sur ! je suis très content que vous ayez remarqué mon travail bien que je ne fasse pas de la para-BD. Je pense que votre site est très intéressant et grâce à lui j’ai découvert d’excellents créateurs dans un domaine que je ne connaissais pas très bien. |
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - Pas de problème ! mais pour la prochaine, il va falloir attendre quelques mois... |
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Chris pour |
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Guillermo Forchino - Si vous voulez savoir les choses qui me plaisent, il y en a beaucoup comme voyager, aller au cinéma, lire, bien manger, les amis, le bon vin, etc. etc. mais passion, je n’en ai qu’une, la sculpture. |
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Chris pour |