
Artiste-médecine, ancien kinésithérapeute comme on l'a dit, Ousmane Sow sculpte comme autrefois il prodiguait des soins. En palpant, en pansant, en massant longuement, jusqu'à faire venir et revenir la vie. Sculpter chez lui devient caresser. Il faut le voir, dans sa cour-atelier au grand soleil de Dakar, pétrir longuement dans ses grandes mains burinées une pâte étrange, mi-chocolat onctueux, mi-lourde terre prométhéenne, qu'il applique à l'aide de tissus barbouillés sur une armature de fer recouverte de paille synthétique. Cette mixture aussi pauvre que magique, obtenue à base de déchets de colle altérée, et qui a macéré avec une vingtaine d'autres produits pendant des années, lui permet toutes les audaces, toutes les finesses, toutes les brutalités, toutes les couleurs et toutes les odeurs. Comme dans les anciennes sculptures africaines rituelles dont la confection passait toujours par des techniques de trempe dans la boue, de patine à l'huile ou à la cire d'abeille, et de cuisine sacrificielle, mêlant le sang et la bière.
La sculpture africaine, on le sait, c'est la parole devenue forme. "J'adore raconter des histoires", avoue en retour Ousmane Sow. Loin cependant d'évoquer une quelconque anecdote, ses figures, comme ce puissant Buveur de sang et Buffle appartenant aux Masaï - double noir d'Hercule domptant le taureau de Crète - sont des dieux noirs en action. Des corps esprits. Des âmes recomposées à partir de déchets de chair. Des Golem de boue, de fer et de paille, des corps innervés de vie, des guerriers de la nuit tropicale qui peuvent aussi, occasionnellement, jouer le rôle d'épouvantail à porte-bouteilles.
Les portraits de groupe qu'à réalisés Ousmane Sow, depuis ses premiers Nouba - issus du choc des photos de danse et de transe d'une Leni Riefenstahl revenue de ses odes aux dieux du stade hitlériens -, répondent ainsi, à leur façon, aux critères de l'art du continent noir. Même si les tailles, inhabituelles pour la statuaire africaine, dépassent souvent les deux mètres cinquante, il faut se rappeler que Sow lui-même mesure un mètre quatre-vingt-dix. Et, bien qu'il ait réalisé des séries presque hallucinantes de vérité sur les Zoulou ou les Masaï, il n'a jamais éprouvé le besoin d'aller voir ces peuples qu'il ne connaît pas.
extrait de la présentation de l'artiste sur http://www.ousmanesow.com/mac/index.htm

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