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La France craque pour une BD sur le Québec d'antan

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    La France craque pour une BD sur le Québec d'antan

    La bédé de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp, ancrée dans le Québec profond des années 20,
    a un premier tirage de 120 000 exemplaires.


    Jocelyne Lepage / La Presse

    Une bande dessinée dont l'histoire se déroule dans la campagne profonde du Québec, dans les années 20, et où il ne se passe rien d'autre que la petite vie, connaît un succès étonnant dès sa sortie en France, où le premier tirage est de 120 000 exemplaires. À peine sortie, elle se place au deuxième rang des ventes de bandes dessinées, selon la Presse Canadienne qui tient ces chiffres de Livres Hebdo, la revue des éditeurs français. On ne peut pas dire que le sujet soit particulièrement à la mode, pourtant.

    Les auteurs s'attendaient-ils à un tel succès?

    «Oui et non», répond Régis Loisel, l'un des deux auteurs avec Jean-Louis Tripp, joint hier au téléphone à Montréal où les deux hommes habitent depuis quelques années. «Je suis rassuré, car le sujet et le rendu final étaient déstabilisants pour nos lecteurs habituels. Depuis 30 ans que je fais ce métier, j'ai élaboré un univers fantaisiste et d'heroic fiction. Cette fois, c'est un sujet historique. La ruralité dans son côté tranquille. Une rareté dans la BD.»

    Il faut dire que le retour de Régis Loisel, qui avait connu un très grand succès avec sa série Peter Pan, était lui, très attendu.

    Marie, premier tome de la série «Magasin général», arrivera dans les librairies du Québec le 19 avril.

    Mais pourquoi les années 20 au Québec?

    Régis Loisel avait en tête un projet de ce genre depuis une douzaine d'années. L'histoire devait se dérouler en France. Mais son collègue Jean-Louis Tripp l'a convaincu de situer l'action au Québec. Parce que les deux hommes vivent ici. Une idée qui a plu à Loisel, dans la mesure où il est passionné par les décors nord-américains et les dessins à la Rockwell. «Ça me rappelle des souvenirs d'enfance, dit-il, même si je ne suis jamais venu au Canada enfant. Les images que j'ai en mémoire me sont venues de films, de bandes dessinées et d'illustrations que j'ai vus quand j'étais jeune.»

    Les auteurs avaient d'abord pensé aux années 40. Mais pour que le village soit vraiment perdu, il ne fallait pas d'électricité, donc pas de radio.

    D'un grand réalisme

    Le premier tome raconte avec beaucoup de tendresse et un certain humour l'histoire de Marie dont l'époux, qui tient le magasin général, vient de mourir. Restera-t-elle? Partira-t-elle? Tout le village tourne autour d'elle, y compris les mouches que rapportent les draveurs en revenant des bois. Les paysages, les maisons, les objets, les costumes, le curé et même le langage sont du cru. Comment les auteurs se sont-ils documentés pour faire si juste? On se croirait dans Le Temps d'une paix, série télévisée célèbre de Pierre Gauvreau.

    «Jean-Louis a surtout lu des livres; moi, je me suis intéressé aux illustrations d'époque, dit Loisel. J'ai sillonné le Québec; il y a partout des petites baraques encore debout. J'ai pris des photos, mais j'ai surtout fait des croquis. La rocking chair sur la galerie, c'est formidable! Mais pour les prochains tomes, je viens de découvrir un endroit intéressant: le musée McCord.»

    Le deuxième tome fera intervenir un «étranger», un «survenant». «C'est un Québécois qui a fait la guerre et qui est resté une dizaine d'années en Europe avant de revenir, précise le dessinateur. Il parle un peu pointu et vient d'un milieu bourgeois. Il passe pour un maudit Français.»

    Régis Loisel et Jean-Louis Tripp comptent terminer la série en deux années, au rythme de deux par année. «Ça va plus vite à deux. Et pour le moment on y prend beaucoup de plaisir.» Deux autres personnes participent à la série: Jimmy Beaulieu révise la langue pour qu'elle convienne autant aux Québécois qu'aux Français et les couleurs sont celles de François Lapierre.



    http://www.cyberpresse.ca/article/20...39/1017/CPARTS
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